Après cette compagnie, viennent la 4 et 5ème
faisant principalement des corvées à gauche et à droite.Le matin il y a l'appel à 6h45 et puis les corvées s'organisent. Les uns restent au camp pour les pluches ou les corvées de patates,
d'autres pour les balayages divers, les autres vont faire des corvées dans d'autres camps où sont cantonnés les soldats allemands, ils s'occupent surtout de l'installation de ces divers
camps.
Il y a aussi un petit nombre d'individus, c'est à celui ci que j'appartiens, qui ont le privilège plus grand de sortir travailler en
ville chez des particuliers, mais ces privilèges sont extrêmement durs à obtenir et nous sommes que 4 ou 5 à l'avoir obtenu, et encore pour moi, par exemple, le patron chez qui je travaille avait
demandé ma liberté toute la journée et j'ai pu obtenir que l'autorisation de m'absenter que le matin. Estimons nous heureux cependant et attendons les heures plus
calmes.
Il reste enfin une nouvelle
catégorie, celle des malades ou ex-malades qui sont tous les jours à l'infirmerie afin de couper aux travaux. Il y a évidement les malades proprement dit qui eux sont à plaindre et ne peuvent
pas travailler à cause de leurs blessures ou leur maladie et ensuite il y a ceux que nous appelons "les tires au cul" qui ont surtout de la flegme et qui ne pensent qu'à rester dans leur
chambre toute la journée.
Voilà donc l'organisation du travail dans ce camp de prisonniers dont je fais parti.
Evidemment, il n'y a pas que des heures de travail car on n'y tiendrait pas très longtemps avec la nourriture que l'on mange. Il y
a le soir, principalement, de 18h00 à 19h00, le moment des loisirs et des jeux. Dans un coin de la cour, il y a les caisses installées avec 6 numéros et une paire de dés ( voir photo
ci-dessous), ce sont des jeux de hasard et ils sont principalement tenus par des algériens ou des marocains, on les entends crier toute la soirée, avec leur voix de crécelle, pour appeler les
amateurs.

Malheureusement, les amateurs sont nombreux et ils raflent en peu de temps les quelques maudits billets qui se trouvent dans le fond des poches.
Il y a un peu plus loin des loteries fabriquées avec de vieilles roues de vélo ou de motos, les plus habiles ont bati de véritables roulettes et à O,50 le carton, ils
donnent au gagnant 5 ou 6 francs suivant le nombre de numéros inscrits sur la roue. Cette catégorie ne travaille que par à coup, actuellement cette clientèle n'est pas nombreuse, d'ailleurs c'est
aussi le cas des jeux de massacre fabriqués avec de vieilles boites de singe.
Avant
de sortir en ville, j'avais trouvé petit moyen pour gagner quelques sous. J'avais fait toujours suivre dans mes déplacements mon appareil photo que je garde très soigneusement dans un coin de mon
sac. Un jour, il me vint l'idée de tirer quelques photos souvenir pour les prisonniers. Le 1er jour j'en fis une énorme quantité (voir photo ci-dessous). Les clients se pressaient pour avoir une
photo et ce pour la modique somme de 2 francs. Pendant 8 jours, j'en tirais tant et plus ainsi je finis par avoir mon petit bénéfice qui me permis d'améliorer mon ordinaire par quelques achats de
beurre et de confiture.(voir photo ci-dessous: souvenir de captivité )
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